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Pourquoi presque personne n'affiche ses prix dans le service à la personne

Nous publions 90 lignes de tarifs sur quatre métiers. Voici ce que ça nous a appris sur la raison pour laquelle le secteur ne le fait pas — et pourquoi les trois arguments habituels ne tiennent pas.

Par Mahdi Mohamadi, cofondateur de Hipla.

Cherchez le prix d’un nettoyage de bureaux à Chambéry. Puis d’une conciergerie de meublé. Puis d’un site internet. Vous trouverez « devis gratuit », « nous consulter », « sur mesure ». Vous ne trouverez presque jamais un nombre.

Ce n’est pas un accident local. C’est la norme du secteur, et elle est suffisamment universelle pour mériter qu’on l’examine plutôt que de la dénoncer.

Nous avons fait l’inverse : 90 lignes de tarifs publiées sur quatre métiers, du lavage auto à 49 € au forfait de rotation à 35 €, en passant par le mètre carré d’après-travaux et la commission de conciergerie. Le relevé complet, avec sa méthode et sa date, est publié à part : l’observatoire des prix. Voici ce que ça nous a appris.

Les trois raisons invoquées

« Chaque cas est différent »

C’est vrai, et ce n’est pas un argument. Un cas différent justifie une fourchette et une visite, pas un silence. Un restaurant affiche ses prix sans savoir ce que vous allez commander ; un garagiste affiche un taux horaire sans savoir ce qu’il va trouver.

La preuve que l’argument ne tient pas : nous publions un prix de départ sur des prestations dont le périmètre varie énormément — l’après-travaux au mètre carré, le débarras au mètre cube — et ce prix de départ tient. Ce qui varie ensuite, nous l’expliquons : les six variables qui font le prix d’un bureau, l’accès et le portage qui font celui d’un débarras.

« Nos concurrents nous copieraient »

Ils le peuvent déjà. Un concurrent qui veut connaître vos tarifs demande un devis, ou envoie quelqu’un en demander un. La grille est publique de fait, pour tout le monde sauf pour le client qui n’ose pas appeler.

Et l’expérience réelle est plus intéressante : ce n’est pas le prix qui se copie, c’est la structure. Facturer les vitres à l’ouvrant plutôt qu’au mètre carré, la conciergerie sur les revenus réellement encaissés plutôt que sur le total facturé : ces choix se copient, ils sont visibles, et tant mieux. Ils sont meilleurs pour le client.

« Le prix se négocie mieux quand le client ne sait pas »

Celle-là est la vraie raison, et personne ne la formule ainsi. Elle est parfaitement rationnelle à court terme, et c’est ce qui la rend difficile à déloger : sans repère, le devis s’ajuste à ce que le client semble pouvoir payer.

Elle a un coût que le secteur ne mesure pas, parce qu’il est invisible : tous ceux qui n’appellent pas. L’artisan qui craint le devis à 15 000 € pour un site. Le propriétaire qui ne sait pas si la conciergerie est rentable chez lui et qui continue à faire ses rotations lui-même. Le gestionnaire qui n’ose pas demander un chiffrage pour deux cents mètres carrés.

Ces gens-là ne se plaignent nulle part. Ils s’en vont, simplement.

Ce que publier change réellement

Trois effets, dans l’ordre où nous les avons constatés.

Les demandes arrivent qualifiées. Quelqu’un qui a lu la grille et qui écrit quand même a déjà accepté l’ordre de grandeur. La conversation ne commence plus par le prix, elle commence par le besoin. C’est moins de rendez-vous, et une proportion de signature beaucoup plus élevée.

Il devient impossible d’improviser. Une grille publique interdit d’ajuster à la tête du client. C’est une contrainte réelle, et c’est le prix à payer. Elle oblige à savoir ce que coûte réellement chaque prestation — ce qui, il faut le dire, n’est pas si répandu.

Ça se retourne contre vous quand vous changez. Nous avons revu nos prix en septembre 2026 : la commission de conciergerie est passée de 18 à 25 %. Un comparatif que nous publiions — notre taux face à la fourchette relevée localement — cessait alors d’être à notre avantage. Nous l’avons retiré plutôt que de le maquiller. Publier ses prix, c’est aussi accepter cette situation-là.

Ce que ça donne, en chiffres

Quatre métiers, 90 lignes de tarifs. 74 portent un montant, 16 restent sur devis — soit 82 % de la grille chiffrée. Nous disons lesquelles, et pourquoi.

Les treize dernières sont des locaux professionnels : une copropriété, une véranda, un chantier livré. Là, le périmètre n’est pas fixé par la prestation mais par le bâtiment, et un « à partir de » ne voudrait rien dire. Les trois autres sont un logement de plus de 110 m², le grand nettoyage d’intersaison, et un appartement au-delà du T4.

Il aurait été facile d’inventer un point d’entrée sur ces 16 lignes pour que la grille paraisse complète. Nous ne l’avons pas fait, et c’est précisément ce qui rend les 74 autres crédibles.

Une remarque sur ce paragraphe, parce qu’elle vaut plus que les chiffres eux-mêmes : il annonçait « 91 lignes » et il a eu tort pendant plusieurs semaines. Le nombre était juste le jour où il a été écrit, puis la grille a bougé sous lui. Un article sur la transparence tarifaire qui laisse traîner un chiffre périmé démontre exactement ce qu’il dénonce. Les nombres de ce paragraphe sont désormais vérifiés à chaque publication contre le relevé, et le site refuse de se construire s’ils divergent.

Ce que nous ne publions pas, et pourquoi

Nous n’affichons pas de note moyenne construite à partir de nos avis Google : la pratique est contraire aux consignes de Google et peut faire disparaître les résultats enrichis d’un site entier. Nous n’affichons aucun crédit d’impôt tant que notre numéro de déclaration n’est pas obtenu. Nous n’affichons pas de mention d’assurance tant que le contrat n’est pas actif.

Ce sont trois cases vides sur nos propres pages. Elles sont visibles, et elles le resteront jusqu’à ce que les faits derrière existent. Une grille tarifaire honnête dit aussi ce qu’elle ne peut pas encore dire.

Pour aller plus loin

Les quatre grilles sont ici : lavage auto, ménage et textile, entretien de locaux, conciergerie de meublés. La grille de synthèse des quatre métiers, sur une seule page, est sur nos tarifs. Et les neuf points à vérifier chez n’importe quel prestataire — nous compris — sont .

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